Derrière les murs de bruyère
Derrière les murs de bruyère
Par une journée ensoleillée, on m'a remis un bout de papier à Athena Ossendrecht. Ce n'était ni une facture ni une liste de courses, mais quelque chose de bien plus fragile : un article de journal jauni... (lire ici)
Le donateur était un homme à peu près de mon âge. Enfant, il avait passé de nombreux étés sur le terrain. Il avait trouvé cette coupure de presse en rangeant la maison familiale. Son père, membre d'Athena avant la lettre, était décédé récemment. Avec sa famille et sa caravane, il avait campé pendant des années à Ossendrecht.
«Mon père a toujours conservé cela. C'était là, parmi des papiers, des photos et de vieilles factures. » Une page entière du journal De Stem du samedi 6 juillet 1968, avec en gros titres : « NUDISTES à Ossendrecht ». Au-dessus, en petits caractères et de manière plus poétique : « Il n'en faut pas plus pour oser que pour la première valse sur la grande piste de danse. »
Le journaliste maladroit
Le journaliste commence son article sur un ton ironique : « Ossendrecht – ils se qualifient eux-mêmes de naturistes. » On comprend immédiatement d'où il vient : curiosité d'un côté, malaise de l'autre. L'article se lit comme un curieux mélange de reportage, de travail anthropologique sur le terrain et d'effort désespéré pour rester normal.
Ici et là, on trouve de petits encadrés et des sous-titres qui semblent aujourd'hui plus touchants que choquants :
- Idéologie : « Le corps nu est le symbole de la pureté. »
- Responsable du camp : « Nous respectons strictement les règles. »
- Le maire : « Nous continuons à trouver cela anormal. »
- Athena : « Sortie pour l'armée de l'air et l'armée de terre. »
Henriëtte, 24 ans, fait visiter les lieux au journaliste. On sent qu'il ne sait pas trop quoi penser : il regarde, juge, admire, comprend à moitié et est en même temps impressionné. Il est dans une position journalistique ambivalente.
Qu'est-ce que c'est ici ? Un terrain bien organisé avec une piscine, des aires de jeux et des bénévoles qui se connaissent tous par leur nom. Il semble froncer subtilement les sourcils. On sent l'esprit du temps, le tabou, la confusion de quelqu'un qui se retrouve derrière un mur mystérieux. Dans un endroit où circulaient les rumeurs les plus étranges : groupes révolutionnaires de gauche, rituels sectaires et même réunions nazies. En 1968, on était particulièrement tolérant envers les cauchemars... Dans ce climat, un terrain naturiste devait relever de la pure science-fiction.
En 1968, Athena Ossendrecht était déjà un phénomène.
Le journaliste estime qu'environ 2 000 personnes se trouvaient sur le site. Il est impressionné par ce qu'il appelle « le camp » : construit par des naturistes, avec leurs propres moyens et un engagement incroyable. Un travail de pionnier réalisé par Lambrechts et d'innombrables passionnés. À l'époque, Athena était une association naturiste plus importante que toutes les associations des Pays-Bas et de Belgique réunies. L'incrédulité du journaliste fait peu à peu place au respect.
Il apprend que la base militaire voisine attire un flux constant de recrues curieuses. Celles-ci sont systématiquement interceptées par la police militaire dans le no man's land entre deux clôtures. On imagine facilement la scène : jumelles, casques, rires nerveux. « Va voir de plus près... je n'ose pas. »
Contre le tabou omniprésent
Ce qui frappe surtout, c'est à quel point ce tabou était encore omniprésent à l'époque. Athena Ossendrecht a existé pendant près de quinze ans sans permis de camping. Non pas parce que le terrain n'était pas en ordre, mais parce que le Conseil provincial estimait que « le camping nudiste allait à l'encontre des convictions philosophiques de la grande majorité et des normes morales en vigueur localement ».
En d'autres termes : on ne savait pas quoi en faire, alors on l'a interdit.
Ce n'est qu'après des années d'insistance, d'argumentation, de plaidoyer et certainement aussi une bonne dose de diplomatie que l'autorisation a été accordée. Le moment était venu. Les esprits aussi.
Le plus drôle dans cet article est peut-être ceci : le journaliste prédisait que le naturisme n'avait aucun avenir aux Pays-Bas. Eh bien, on prédisait aussi que les cassettes audio allaient durer éternellement.
2025, près de soixante ans plus tard
Aujourd'hui, la piscine se trouve toujours derrière les mêmes arbres. Le soleil continue de caresser les peaux jeunes et mûres, pâles ou bronzées, tendues ou douces.
Et je suis extrêmement reconnaissante pour la coupure de presse que j'ai reçue. C'est un document historique qui nous ramène aux débuts d'Athena, à l'aspect du site, à la façon dont il était vécu et à la façon dont le monde extérieur le regardait avec émerveillement.
C'est tellement bien qu'il ait été conservé. Quelqu'un a jugé utile de ne pas le jeter. Ce quelqu'un était le père de l'homme qui m'a donné la coupure de presse. Membre d'Athena, campeur, pionnier sans se qualifier ainsi. Son fils l'a retrouvé et l'a apporté à l'endroit dont il est question. Ossendrecht.
J'espère croiser à nouveau cet homme aimable ici, sur le site, afin de pouvoir le remercier comme il se doit, lui demander son nom et partager avec lui quelques souvenirs précieux. D'ici là, il restera pour moi l'homme qui a fait un petit geste – transmettre une coupure de presse trouvée – grâce auquel une grande histoire est aujourd'hui préservée.
La destruction du mur
Je suis également reconnaissant pour la combinaison silencieuse du temps, de la mémoire et du courage humain nécessaires à l'existence d'un lieu comme Athena. Pour les personnes qui ont nagé à contre-courant en 1968. Pour le journaliste qui, hésitant mais courageux, a couché sur papier l'histoire d'Ossendrecht.
Et pour tous ceux qui, depuis lors, consciemment ou inconsciemment, ont contribué à abattre un peu plus ce mur de préjugés. Pour chaque bénévole qui a apporté sa pierre à l'édifice, pour chaque visiteur qui a surmonté sa timidité devant la barrière, pour chaque campeur qui s'est dit : « Je vais simplement être moi-même ici. »
C'est grâce à toutes ces personnes – visibles et invisibles – qu'Athènes respire encore aujourd'hui la liberté.
Lisez ici l'article complet datant de 1968.